Il s'approcha du magnat et, ôtant son chapeau galonné comme pour témoigner de ses intentions parlementaires:

—Monsieur, dit-il, permettez-moi de m'expliquer.

Le magnat inclina affirmativement la tête.

—Vous me prenez probablement, reprit Tony, pour le complice de l'homme que vous poursuiviez. Ce serait une grave erreur. Je passais, au contraire, me rendant à un château situé non loin d'ici, quand je l'ai rencontré emportant de force cette dame qui se débattait contre son étreinte. J'ai essayé de la lui arracher en frappant son cheval que vous voyez là gisant à terre. Lui, par contre, a voulu me tuer, et sans vous, il y aurait facilement réussi. Enfin il vient de partir en m'insultant. Nous sommes donc loin d'être complices...

Le magnat n'eut pas besoin de réfléchir pour se rendre à l'évidence. La position désespérée dans laquelle il avait, à son arrivée, aperçu le jeune garde-française, aurait même dû suffire à l'éclairer.

—Et, maintenant, reprit Tony, si vous êtes, comme je le suppose, le maître de ce château, j'ai un ordre à vous montrer, un ordre qui m'autorise à le requérir pour le logement des officiers des gardes-françaises... Voici cet ordre.

Tony parlait haut et ferme. Il sortait à demi, des revers de son uniforme, le pli scellé aux armes du marquis de Langevin et dont nous savons le contenu. Le magnat n'osa refuser.

—Soit, dit-il, venez.

Tony alla reprendre, sous le cadavre du cheval, son sabre de garde-française, prit le cheval d'un des muets qui portaient la litière de la marquise, et suivit le cortège jusqu'au château.

Grâce à l'ordre du marquis de Langevin, Tony ne pouvait y être considéré comme un intrus.