Et c'est pour cela, madame, acheva Tony avec chaleur, c'est pour cela que vous m'avez rencontré le soir à l'Opéra; pour cela que, le lendemain déjà, je songeais à être soldat, car l'épée est une noblesse!

Peu à peu le jeune homme avait pris une fière attitude, son regard s'était enflammé, son geste était devenu solennel.

La marquise le regardait et, sous ses larmes, elle eut presque un sourire.

—Vous êtes un noble coeur, dit-elle.

—Madame, reprit Tony, je repartirai bientôt avec mon régiment, et avant un an je serai officier... Mais, d'ici là, quoi qu'il arrive, je veillerai sur vous, et ni M. de Maurevailles, ni M. de Lacy, ni M. de Lavenay ne parviendront jusqu'à vous.

La marquise lui tendit sa belle main à baiser, mais hocha la tête.

—Monsieur Tony, dit-elle, s'il est vrai que parfois les pressentiments et les voeux des infortunés portent bonheur, laissez-moi vous dire que vous deviendrez un jour un des plus brillants officiers de l'armée de France!

Tony jeta un cri d'enthousiasme...

—Mais, maintenant, madame, dit-il après un moment de silence, voudriez-vous me permettre de vous demander à mon tour comment je vous ai trouvée dans ce château ou plutôt fuyant de ce château en compagnie d'un homme que vous détestez plus que moi encore?

Et la marquise lui expliqua pourquoi, persuadée qu'elle sauvait ainsi son mari,—qu'elle croyait vivant,—elle avait consenti à suivre le comte de Mingréli.