Le nain n'avait pas été long à la trouver, mais les minutes étaient des siècles pour le magnat. En voyant l'extrémité de l'échelle, il poussa un cri de joie. Les bras tendus vers elle, dans l'attitude de l'extase, il la regardait descendre lentement...

Quand le premier échelon arriva à hauteur d'homme, le vieillard galvanisé fit un effort surhumain: il se releva sur sa seule jambe valide et saisit fiévreusement le pied de l'échelle. S'y cramponnant comme un noyé se cramponne à la corde qu'on lui jette, il appliqua inconsciemment un baiser furieux à l'instrument de son salut...

Mais tout à coup les nerfs se détendirent. Un son rauque s'exhala de son gosier. Il lâcha l'échelle, battit l'air de ses deux bras et tomba comme une masse.

Il était mort.

La rage, causée par l'insuccès de ses projets et par les insultes du nain, avait encore aigri son sang... Les efforts qu'il avait faits pour se sauver avaient aggravé sa blessure... Le mal physique et le mal moral ayant réuni leurs atteintes, une attaque de tétanos venait d'emporter le magnat.

—Allons, dit Maurevailles, il n'y a plus rien à faire. Au bout du compte, il vaut peut-être mieux qu'il en soit ainsi. J'ai tenté tout ce que j'ai pu pour lui porter secours. Sa mort ne pèsera pas sur ma conscience...

—Ni sur la mienne non plus, ma foi, dit en ricanant le nain.

—D'ailleurs, pensa le chevalier, il me semble inutile de faire savoir ce qui vient de se passer... L'armée va partir, je ne puis rester plus longtemps. Le magnat est mort et ne mérite guère qu'on se dérange pour lui faire des funérailles. Il est bien ici, ajouta-t-il tout haut, qu'il y reste.

—Amen, dit le nain en repoussant la trappe et en suivant Maurevailles qui avait gagné la porte. Si jamais on le trouve, je veux bien devenir cardinal!... s'écria-t-il, en sortant, avec un éclat de rire.

Le capitaine s'éloigna à grands pas pour rejoindre sa compagnie. Le nain resta seul.