—Tony ne sera de trop dans aucune expédition, dit-il en ceignant son épée et en se préparant à partir. Allons, petit, y es-tu? Va voir si ces fainéants ont attelé.

Le carrosse était dans la cour. Goliath essaya de se hisser à côté du cocher. Le baron le retint par le bras.

—Non pas, non pas, mon brave, dit-il, monte avec moi. Je n'ai peut-être pas bien saisi tout ce que tu m'as raconté tout à l'heure, j'étais à demi endormi encore. Reprends de nouveau ton récit et n'épargne pas les détails.

Le nain, tout confus, se blottit dans un coin du carrosse, n'osant bouger.

Cependant, au bout de quelques minutes, il se remit de son émotion en se disant que l'honneur qui lui était fait, était, au bout du compte, bien dû à son intelligence. Puis, profitant de l'autorisation qui lui était octroyée de donner des détails, il raconta minutieusement l'affaire, sans en oublier un seul incident.

—C'est inouï, disait le baron. Pourquoi Vilers se cacherait-il ainsi de sa femme?... Et ces paroles à Réjane?... Il faut éclaircir tout cela!...

On arriva chez Tony, qu'il fallut aussi éveiller. Il ne fut pas moins stupéfait que le baron.

—Si c'est le marquis, se disait-il lui aussi, pourquoi se cache-t-il? Ah! nous le forcerons bien à se montrer... Est-ce sa faute si jamais la mort n'a voulu de lui? Personne ne l'a plus bravement affrontée, personne ne s'est mieux battu...

Mais peut-être cet homme n'est-il point Vilers?... Si c'était Maurevailles ou Lacy que Goliath aurait pris pour le marquis!... Morbleu! mon épée déjà s'ennuie!...

Ils discutèrent longuement sur le parti à prendre, il fut convenu qu'on attendrait la tombée de la nuit pour éclaircir le mystère.