—Que, vers quatre heures du matin, le chevalier a été vu, à cheval, galopant sur la route d'Allemagne, et qu'il y a tout lieu de croire qu'il quitte la France et qu'on ne le reverra plus car, chez lui, il a fait maison nette avant de s'en aller.

—Tout va parfaitement alors, dit M. de Marville, et j'ai, ma foi, bien envie de charger le fugitif de tous les crimes dont il est, en réalité, la cause... En tout cas, vos soldats n'ont rien à craindre; Maurevailles ne les accusera pas...

Vilers et Tony remercièrent avec effusion le lieutenant général et se retirèrent pour aller à l'hôtel, où un triste et pieux devoir les réclamait.

Le brave et bon baron de Chartille, en effet, avait fait à Vilers et à Tony, alors qu'il les croyait morts, un trop beau service, pour qu'ils ne lui rendissent pas le même honneur.

Le corps du baron, placé sur un char funèbre, fut traîné par quatre chevaux jusqu'à Saint-Germain où ses ancêtres étaient enterrés.

Le même jour, on enleva de l'hôtel le corps de Réjane, qui fut porté à l'église Saint-Louis.

On s'arrangea de façon à ce qu'aucun bruit des cérémonies ne vint troubler la marquise dans sa chambre d'accouchée. Aux questions qu'elle fit au sujet de sa soeur, on répondit que Réjane était fort souffrante et ne pouvait descendre de sa chambre. Vilers, d'ailleurs, était là et son absence avait été assez longue et assez douloureuse pour que le bonheur de le revoir fît un peu oublier tout le reste à sa femme.

Ce ne fut que lorsqu'il y eut impossibilité absolue d'empêcher la marquise de monter qu'on dut lui avouer la vérité; Ce fut pour elle une révélation bien douloureuse; mais toute douleur ne s'éteint-elle pas entre un enfant qui grandit et un mari retrouvé?...

Tony, qui venait chaque jour à l'hôtel de Vilers, trouva un moyen excellent d'y remplir en partie le vide fait par la mort de Réjane. Il amena à Mme de Vilers celle qui déjà lui avait prodigué ses consolations en une bien grave circonstance, Bavette, la fille de maman Nicolo.

Pendant ce temps-là, Pivoine, le Normand et La Rose, qui d'abord, malgré la protection du marquis de Vilers et de M. de Marville, avaient eu grand'peur que la vérité ne fût connue du duc de Biron et qu'on ne leur fît payer cher, à eux pauvres diables, leur expédition nocturne contre Lacy, complètement rassurés maintenant, passaient gaiement leurs journées, grâce aux libéralités de Tony, qui ne leur ménageait pas l'or que lui avait laissé le pauvre baron.