—Je suis née à Paris, il y a aujourd'hui dix-neuf ans, et je ne suis point comtesse de Mingréli.

Le comte de Mingréli n'est pas même mon parent, et cependant il m'aime avec une sauvage affection, avec une affection qui m'est odieuse et m'épouvante.

—Mon Dieu! m'écriai-je en frissonnant, qu'allez-vous m'apprendre?

Elle me comprit sans doute, car son visage eut une expression de défi, tandis qu'elle ajoutait:

—Oh! rassurez-vous, je suis restée digne de moi-même. Le comte, après m'avoir aimée comme un père, m'aime à présent d'une autre affection; il voudrait m'épouser. Mais, je vous l'ai dit, ce vieillard à demi sauvage m'épouvante et, jusqu'à présent, j'ai refusé son amour... et j'ai pu le forcer à respecter ma résistance. Hélas! je ne sais ce que me garde l'avenir. Si on ne vient à mon aide...

—Oh! m'écriai-je avec enthousiasme, je vous protégerai, moi, je vous défendrai.

—Merci! me dit-elle. Écoutez encore...

Je regardai la comtesse, dont la voix était émue.

Elle reprit:

—Voici mon histoire. Je m'appelle Haydée de Tresnoël, et je suis la fille cadette du comte Armand de Tresnoël.