—L'ancien colonel de Royal-Cravate?

—Oui.

—Mais je me suis battu sous ses ordres!...

—Je le sais, me dit-elle en souriant.

—Oh! poursuivez, madame, et dites-moi...

—Attendez... Mon père a long-temps servi en Autriche. Il y avait connu le comte de Mingréli et s'y était lié avec lui.

Une année, j'avais alors dix ans, le comte vint à Paris, se présenta chez mon père, à qui il venait rendre visite, et jeta un cri terrible en m'apercevant.

Je ressemblais d'une façon étrange à une enfant que le malheureux avait perdue six mois auparavant.

Chez lui, toutes les affections sont violentes, vivaces et sentent un peu l'homme primitif.

Le comte aimait ardemment sa fille morte; en me voyant, il se prit pour moi, qui lui ressemblais, d'une ardente affection. Pendant un an, il ne quitta point Paris. Il logea chez mon père, il y vécut; il ne me quitta pas.