[19] Note de M. Van Hecke : J’attribuais l’état maladif et le dépérissement de ces arbres à leur vieillesse, et bien plus encore parce que de pareils arbres ne se rencontrent pas dans les environs et, croissant ici en plein air, souffraient d’habiter un sol étranger.
Sur la disposition des caractères, sur celle des branches, sur l’âge, sur la frondaison, sur la couleur et l’odeur de l’écorce, sur l’époque et la teinte des fleurs, sur la taille et la reproduction de l’arbre, il y a contradiction continuelle entre les deux récits.
« Faut-il en conclure, ajoute le Père Van Hecke[20], que le Père Huc nous a livré la description d’un arbre fictif, quelle utilité en aurait-il tiré quand il pouvait décrire celui que nous avons vu ? Je conclus donc que le Père Huc, ayant passé par Kounboum plus de trente ans avant nous, l’arbre qu’il a vu aura péri et les lamas en ont substitué un autre. Comment ils s’y sont pris pour retenir la dévotion des pèlerins pour le nouvel arbre et comme quoi il y en a maintenant huit de la même espèce, c’est ce que je ne puis m’expliquer. »
[20] Notes manuscrites.
Il est évident que l’arbre n’est plus le même ; quel intérêt aurait eu le Père Huc à raconter autre chose que ce qu’il a constaté, à dire par exemple qu’il y avait un seul arbre s’il en avait vu quatre ? D’ailleurs les lamas, qui craignaient si peu en 1844 de laisser examiner leurs prodiges, permettent à peine aux missionnaires de regarder ; ils ne sont plus sûrs d’eux et se défient ; le prodige n’est plus le même.
Cette opinion était celle d’un vieux lama de Batang qui avait été à Kounboum dans sa jeunesse ; interrogé par monseigneur Biet, il aurait confirmé point par point le dire du Père Huc.
Je ne citerai que pour mention l’opinion d’un autre Chinois (traduit du père Guéluy, p. 72) :
« Ta-eul-cheu (lamaserie de la Tour). Montagne célèbre consacrée à Bouddha ; les Si-Fan donnent à la lamaserie qui y est construite le nom de Koun-boum. Les tuiles en sont toutes parsemées d’or ; le centre en est occupé par une tour d’argent (yin-tha). Cet endroit a été sanctifié par la présence de Tsoung-Kaba qui s’y réfugia autrefois, ce qui le rendit célèbre. Les lamas se partagent en jaunes et rouges ; or Tsoung-Ka-ba fut le premier chef des lamas jaunes. La tradition rapporte qu’à la naissance de Tsoung-ka-ba, les secondines dont il était enveloppé furent enterrées en cet endroit. Il y crût ensuite un ficus religiosa ou arbre de Bouddha. On dit que les feuilles de cet arbre forment en croissant des caractères thibétains ayant la propriété de guérir de toutes sortes de maladies ; quoique les habitants de la lamaserie ne sachent pas la chose autrement que par la tradition, les Mongols et les Si-Fan y ajoutent foi. »
Et plus loin, dans ses notes sur cet ouvrage, le missionnaire ajoute, page 85 :
« Notre auteur chinois, quoique appartenant à un peuple crédule et superstitieux, n’accorde évidemment pas foi à la fable accréditée parmi les lamas. »