[10] Voir note [3], p. 2.

Ce n’est pas tout ; nous apportons nous-même un témoignage probant du séjour que fit Huc à Lhaça. Les premiers voyageurs européens depuis Huc, nous avons pu établir des rapports suivis avec les autorités thibétaines. Après un mois de trop longues discussions, nous nous étions fait des amis parmi elles ; en attendant une réponse nous permettant de continuer notre route à travers le Thibet, nous nous entretenions avec les chefs, leur parlant de la France et leur demandant des renseignements sur Lhaça. Or un jour qu’ils nous disaient les dangers que la présence des voyageurs européens à Lhaça ferait naître pour ceux-ci comme pour les autorités thibétaines elles-mêmes, un vieux lama ajoutait :

« Il y a beaucoup d’années, il est venu parmi nous deux lamas mogols ; ils furent très bien reçus, visitèrent la ville, entrèrent dans les lamasseries ; mais au bout de quelque temps, on découvrit que c’étaient des hommes d’Occident, déguisés en lamas ; les chefs eurent peur qu’on ne leur fît un mauvais parti et ils durent s’en aller. »

Celte allusion ne peut assurément s’appliquer qu’aux Pères Huc et Gabet ; à Lhaça même, on conserve donc encore le souvenir de leur passage.

II
CRITIQUES GÉOGRAPHIQUES

La réalité du voyage me paraissant suffisamment établie, il me reste à examiner la sincérité du récit.

C’est encore à Prjevalsky qu’il faut recourir ici. Nous allons passer en revue les unes après les autres les critiques qu’il adresse à Huc.

1o Dans la lettre citée plus haut, le Russe dit :

« Dans la contrée du Koukou Nor, Huc décrit un passage difficile à traverser ; il parle de douze bras du Boukhaïn-Gol, tandis qu’en fait cette rivière n’a en tout qu’un lit au point où la route du Thibet la traverse et ce lit n’a que quinze sagènes de large et de un à deux pieds de profondeur. »

Il répétait ensuite cette critique dans son ouvrage Mongolie et pays des Tangoutes, page 230.