L’homme étranger leva un regard interrogateur.
— Oui, répondis-je à son regard muet, je pense souvent que peut-être la main de Dieu est de nouveau en route…
Les enfants ont appris cette histoire, et sans doute la leur a-t-on racontée de telle façon qu’ils ont tout compris ; car ils aiment cette histoire.
POURQUOI LE BON DIEU VEUT QU’IL Y AIT DES PAUVRES
L’histoire qui précède s’est tellement répandue que monsieur l’instituteur se promène dans la rue avec une expression profondément blessée. Je comprends cela. C’est toujours un danger pour un instituteur que les enfants tout à coup sachent quelque chose qu’il ne leur a pas lui-même raconté. L’instituteur doit être en quelque sorte le seul trou dans la planche par lequel on peut regarder dans le potager ; s’il y a encore d’autres trous, les enfants se pressent chaque jour autour d’un autre, et se lassent bientôt définitivement de cette vue. Je n’aurais pas retenu ici cette comparaison, car tous les instituteurs ne consentent peut-être pas à n’être que des trous ; mais l’instituteur dont je parle et qui est mon voisin, l’a lui-même qualifiée de « tout à fait pertinente ». Et dussiez-vous être d’un autre avis, c’est devant l’autorité de mon voisin que je m’incline.
Il était debout devant moi, reculait toujours de nouveau ses lunettes, et disait :
— Je ne sais pas qui a raconté cette histoire aux enfants, mais c’est certainement incorrect de surcharger et de tendre leur imagination par d’extraordinaires inventions comme celles-ci. Il s’agit d’une sorte de conte…
— Je l’ai par hasard entendu raconter, l’interrompis-je.
(Et ce disant, je ne mentais pas, car, en effet, depuis ce soir-là, il m’avait été rapporté par madame ma voisine).
— Ah voilà ! fit l’instituteur à qui cela semblait facilement explicable. Eh bien, qu’en pensez-vous ?