J’ai encore un ami, ici, dans le voisinage. C’est un homme blond et paralytique qui, l’été comme l’hiver, a sa chaise tout contre la fenêtre. Il peut paraître très jeune ; oui, dans son visage qui écoute il y a parfois quelque chose de presque puéril. Mais d’autres jours au contraire il vieillit, les minutes passent sur lui comme des années, et soudain il est un vieillard dont les yeux las ont presque déjà lâché la vie. Nous nous connaissons depuis longtemps. D’abord nous nous regardions toujours, plus tard, involontairement, nous nous sourîmes, pendant une année nous nous saluâmes, et, Dieu sait depuis quand, nous nous racontons ceci et cela, sans choix, comme cela vient.

— Bonjour, appela-t-il lorsque je passai. (Et sa fenêtre était encore ouverte sur le riche et calme automne.) Il y a longtemps que je ne vous ai pas vu.

— Bonjour Ewald.

Je m’approchai de la fenêtre, comme j’en ai l’habitude, en passant.

— J’étais en voyage.

— Où étiez-vous ? demanda-t-il avec des yeux impatients.

— En Russie.

— Oh ! si loin ?

Il se pencha en arrière, et puis :

— Quelle espèce de pays est-ce, la Russie ? Très grand, n’est-ce pas ?