— Peut-être à Dieu ?
— Oui, confirmai-je, à Dieu.
— Ah oui, approuva mon ami d’un air de comprendre. Ce n’est qu’ensuite que lui vinrent quelques doutes.
— Dieu est-il donc un pays ?
— Je ne crois pas, répondis-je, mais dans les langues primitives beaucoup de choses portent les mêmes noms. Il y a sans doute là un empire qui s’appelle Dieu. Les peuples simples souvent ne savent pas distinguer leur pays de leur empereur ; tous deux sont grands et bons, terribles et grands.
— Je comprends, dit lentement l’homme assis près de la fenêtre. Et ce voisinage, le sent-on en Russie ?
— On le sent à chaque occasion. L’influence de Dieu y est toute puissante. Quoi que l’on apporte, là-bas, qui vient d’Europe, ce ne sont jamais que des pierres, dès qu’elles ont traversé la frontière. Parfois des pierres précieuses, mais seulement bonnes pour les riches, les hommes prétendus « cultivés », tandis que de l’autre côté, de l’autre empire, vient le pain dont vit le peuple.
— Et le peuple, sans doute, en a en surabondance ?
J’hésitai :
— Non, ce n’est pas le cas. L’importation de Dieu est rendue plus difficile par certaines circonstances.