— Avez-vous promis quelque chose de particulier aux enfants ?

— Comment cela ? m’étonnai-je.

— Voici : lorsque je leur ai raconté l’histoire de Jegor, ils m’ont reproché que Dieu n’y parût pas.

Je sursautai, effrayé :

— Comment ? Une histoire sans Dieu ? Est-ce donc possible ?

Puis je réfléchis :

— En effet, il n’est pas question de Dieu dans cette histoire. Pas la moindre allusion. Je ne comprends pas comment cela a pu se produire. Si quelqu’un m’avait demandé une telle histoire, je crois que je l’aurais cherchée toute ma vie, inutilement…

— Ne vous tourmentez pas pour cela, dit-il avec une certaine bienveillance. Je pense qu’on ne peut jamais savoir si Dieu est dans une histoire avant qu’elle soit vraiment finie. Car même s’il n’y manque que deux mots, même s’il n’y a plus à venir que la pause qui suit les derniers mots du conte, Il peut toujours encore arriver.

Je hochai la tête, et le paralytique dit d’une voix toute différente :

— Savez-vous encore quelque chose de ces chanteurs russes ?