Le cadet ne prit pas une de ses mines les plus seyantes, au contraire ; dans son désarroi il se rendit chez l’homme du centre pour se faire rassurer par celui qui des trois était le plus réfléchi, car après de tels incidents il était toujours découragé et enclin à douter de ses dons. Il ne rencontra pas le peintre, et fouilla un peu dans l’atelier. Un tableau tout à coup lui tomba sous les yeux qui le repoussait singulièrement. C’était un fou, un vrai fou qui devait habiter une maison comme celle-ci. Cette façade ! Celui qui l’avait construite ne devait avoir aucune notion d’architecture, et ses pauvres idées picturales, il les avait mises dans ce bâtiment. Soudain le cadet rejeta le tableau comme s’il s’y était brûlé les doigts. A gauche, au bord de l’image il avait lu la date de leur premier anniversaire, et, à côté : « La maison de notre cadet ». Naturellement, il n’attendit pas plus longtemps le maître de la maison et retourna chez soi, assez mal disposé.

Le cadet et l’homme de droite, depuis lors, étaient devenus prudents. Ils se choisissaient des sujets très écartés et bien entendu ne songeaient plus à préparer quoi que ce fût pour le deuxième anniversaire de leur association si heureuse et si utile. Cependant, avec d’autant plus de zèle, l’homme du milieu qui ne se doutait de rien, travaillait à la peinture d’un sujet tout voisin de la maison de l’homme de droite. Un sentiment indéterminé le détournait de prendre la maison elle-même pour thème de son tableau.

Lorsqu’il porta à l’homme de droite la peinture achevée, celui-ci se montra singulièrement réservé, n’y jeta qu’un coup d’œil rapide et fit quelques remarques qui ne la concernaient pas. Puis, après un instant, il dit :

— Au fait, je ne savais pas que tu avais fait un si long voyage, ces derniers temps ?

— Comment, un voyage ? Où cela ?

L’homme du milieu ne comprenait pas un mot.

— Mais ce solide travail que voici, répondit l’autre, évidemment un sujet hollandais.

L’homme du milieu éclata de rire :

— Exquis ! Ce sujet hollandais est devant ta porte.

Et il ne voulait plus se calmer. Mais l’associé, lui, ne riait pas, ne riait pas du tout. Il se força à sourire et dit :