Qui veut être joyeux, le soit donc aujourd’hui,
Car pour demain il n’y a nulle certitude.
Peut-on s’étonner que les hommes qui chantaient cette chanson aient été pris d’une hâte, d’un besoin de dresser toutes les fêtes sur ce présent, sur le seul rocher sur lequel il valût la peine de bâtir ? Et c’est ainsi encore que l’on peut expliquer cette foule de figures qui se pressent sur les tableaux des peintres florentins qui s’efforçaient de réunir dans une seule image tous les princes et les femmes et les amis, car on peignait lentement, et qui pouvait savoir si au temps du prochain tableau tout serait encore aussi jeune, aussi multicolore et aussi uni. Cette impatience s’exprimait naturellement avec le plus d’évidence chez les jeunes gens. Les plus brillants d’entre eux étaient assis ensemble, après un banquet, sur la terrasse du Palazzo Strozzi, et ils s’entretenaient des jeux qui devaient avoir lieu prochainement devant l’église Santa Croce. Un peu à l’écart, dans une loggia, se tenait Palla degli Albizzi, avec son ami Tomaso, le peintre. Ils semblaient discuter avec une animation croissante, jusqu’à ce que Tomaso s’écriât tout à coup :
— Cela tu ne le fais pas, je parie que tu ne le fais pas.
— Qu’avez-vous ? s’informa Gaetano Strozzi, et il s’approcha avec quelques amis.
Tomaso expliqua :
— Palla veut s’agenouiller à la fête devant Beatrice Altichieri, la fière, et la prier de lui permettre de baiser le bord poussiéreux de sa robe.
Tous éclatèrent de rire, et Leonardo, de la maison Ricardi, fit observer :
— Palla réfléchira ; il sait que les plus belles femmes ont pour lui un sourire qu’on ne leur voit jamais ailleurs.
Et un autre ajouta :