—Écoutez, Pascase, reprit Diomède sur un ton fraternel, je ne les prononcerai pas non plus les syllabes, les deux syllabes qui vous arrêtent; mais je vous le déclare encore, bien qu'elles me soient agréables elles ne me sont pas nécessaires. Supposez que je les ignore.
*
Pascase répondit, maintenant presque calme:
—C'est moi qui voudrais les ignorer, mais je suis absurde, sans doute malade, je ne peux ni les oublier, ni les prononcer. Peut-être cela va-t-il vous paraître d'une psychologie assez curieuse, je suis venu parce que je sais qu'elle va venir et je veux la voir, je vous en prie, laissez-moi la voir.
—Vous êtes absurde, en effet, répondit Diomède, et pour deux raisons. D'abord vous me dites aujourd'hui tout le contraire de ce que vous affirmiez l'autre jour, avec de grands tremblements. Ensuite, il n'y aucun motif connu de moi pour qu'elle vienne aujourd'hui. Cependant, il est vrai que j'ai pensé à elle et que je l'ai désirée.
—J'ai lu dans votre pensée, dit Pascase. Et si vous pensez à elle, c'est peut-être parce qu'elle pense à vous. Il y a une chance pourqu'elle vienne.
—Et si elle vient, et quand vous l'aurez vue?
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Pascase répondit, avec cette logique froide qu'il maniait facilement, même pendant ses extraordinaires accès de nervosité:
—J'ai réfléchi. Je crois que je l'aime parce que je ne la connais pas. L'ayant vue, elle me déplaira peut-être. Alors je serai tranquille et guéri. Si au contraire, ce qui est possible, elle me séduit, je ne serai pas plus malheureux qu'avant.