—Vous vous êtes bien moqué de moi, Diomède, le jour où vous m'engagiez à plaire à cette vieille pécheresse...
—Soyez donc plus parisien, Pascase. Je vous engage toujours à lui plaire. Une femme de luxe, comme Cyrène, n'a que Page qu'on lui suppose. Supposez, doutez, rêvez. Pourquoi sa forme corporelle, harmonieusement développée, ne serait-elle pas encore pure? Qu'en savez-vous! Essayez.
—Cynisme! dit Pascase.
—Oui, cynisme. L'amour ne comprend que deux termes: la chasteté et le cynisme. Tout l'intermédiaire est fait de lâcheté, de morale, d'hypocrisie. L'amour est bestial ou divin.
—Diomède, vous vous exaltez vers le paradoxe, ce qui est votre manière de vous pencher sur l'absurde et de vous enivrer des vapeurs marécageuses... Dites-moi plutôt: cette Cyrène a connu tous les métiers?
—Tous les métiers de femme. Aucun de ces métiers n'est déshonorant. De savoureuses anguilles vivent dans la vase, une saison, l'été...
—Elles en gardent le goût...
—Si peu que c'en est un piment. Tous ces métiers d'ailleurs n'ont rien de mystérieux, lis se réduisent facilement à un seul: la prostitution. Mon ami, ne tremblez pas: c'est le métier commun à tous et à toutes. C'est le métier de notre corps et celui de notre âme; et tous nos sens ne font que jouir de la prostitution universelle des hommes, des bêtes, des choses et de Dieu. Les femmes, spécialement, sont si bien faites pour cela: ou la cellule ou le monde. N'avez-vous donc jamais désiré dévêtir la nonne qui passe les yeux baissés, et, dévêtue, lui refaire une ceinture de ses lourds chapelets, et jouir de cette chair sacrée, rival de Jésus, l'éternel amant? La nonne qui passe, pourrait-elle passer pure, puisque j'ai des yeux? Et songez à ce Jésus qu'elles aiment toutes et qu'elles pressent en sanglotant sur leurs seins martyrisés...
*
Pascase cria: