Dans l'après-midi Diomède, ayant mis sa lettre à la poste, alla tout de même jusqu'à l'hôtel Sina. Le vieux jockey était sorti avec Néo. Il dut subir la vieille levantine qui «recevait toujours».

En approchant du coin d'ombre où elle se terrait sous des coussins, on entendait un bruit de médailles et de noyaux d'olives. Elle priait toute la journée avec une ardeur conjuratoire, sans but, sans pensée. Pourtant Diomède lui avait entendu avouer: «Je suis forte; les Saints sont avec moi; la mère de Dieu me protège!»

Gardant son chapelet dans ses mains maigres, les doigts arrêtés sur le grain dont elle achevait l'oraison, elle fit à Diomède un vaste geste de bienvenue, puis elle parla:

—Ils m'ont envoyé une. idée, car ils m'aiment et veulent me guérir: «Lève-toi et va à Jérusalem!» Alors je demande: Comment va-t-on à Jérusalem? Mais ici, personne ne sait répondre, quand c'est moi qui demande. Diomède, tu me diras comment on va à Jérusalem. J'écoute.

Diomède expliqua les facilités, mais les fatigues du voyage. Il se souvint du nom d'un paquebot, du chemin de fer de Jaffa, d'un pèlerinage annuel dont la torpeur convenait à l'infirme.

Elle cria, secouant ses noyaux d'olive:

—Que la mère de Dieu soit bénie! J'irai à Jérusalem.

*

Néobelle entra, emmena Diomède, pendant que la vieille criait encore, sur un ton de menace:

—J'irai à Jérusalem!