Ils marchèrent encore, sans paroles, troublés, attendant l'un de l'autre l'invitation d'un nouveau geste.
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Semé de petites feuilles roses, le sable criait doucement sous leurs pieds; l'air, emprisonné par les arbres aux branches tombantes était doux et odorant; au loin, les vagues d'un océan oublié, autour d'eux, un silence plein d'abeilles.
Ils s'assirent sur un banc, dès lors plus à l'aise, pouvant se regarder, se lire dans les yeux. Leurs bouches se désirèrent, mais Néo secoua la tête, se renversa comme un cheval qui refuse le mors. Pour lutter plus facilement elle parla:
—Mais je ne vous appartiens pas! Non, non, je n'ai rien donné, rien de ce qui donne... Je ne sais plus, je songe... C'est difficile de se donner vraiment, toute...
—Pas toute encore, Néo. Se donner peu à peu, jour par jour, joie par joie, comme les hampes fleuries des marronniers qui donnent une à une au vent leurs petites feuilles roses...
—Et voyez ce qu'elles deviennent, des taches sur le sable, et nous marchons dessus. Se donner, c'est mourir... Feuille à feuille, c'est mourir lentement... Dio, je ne suis ni chaste, ni lâche, je désire tout ce que je pressens, et je sais qu'au delà de mon désir et de mon pressentiment, il y a tout un jardin secret de fleurs et de voluptés; je me demande seulement si je vous aime... Oui, je vous aime, ami, mais si je n'aimais que votre intelligence, que Vos yeux, que votre front, que vos paroles,—et non les lèvres?
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Diomède entra volontiers dans cette controverse sentimentale. Il répondit sur un ton de chaleureuses ironie:
—Goûtez au fruit, Néo, et vous saurez.