—Mauvais ange!

—Le conseil était bon. Que ferions-nous de l'innocence? Ignorance, innocence, vertus enfantines et même un peu animales... Néo, votre cœur fort et brave avoue des scrupules d'enfant de Marie. Goûtez à tous les fruits et de celui que vous aimerez faites votre nourriture.

—Ce n'est pas la première fois, Diomède, qu'on me donne ce conseil et je me le suis donné moi-même souvent, mais sans jamais pouvoir le suivre,—même en pensée. Je ne suis vraiment pas la femme qui s'en va parmi le champ des hommes et qui rompt un épi et l'égrène, et un autre et encore un autre, jusqu'à ce que le sentier la conduise à un autre champ, verger, vigne ou jardin. Non, mon ami, je veux un très beau verre ciselé et doré où boire un doigt de vin pur, versé d'un seul flacon; je n'ai besoin ni d'un service de table ni d'un vignoble entier...

—Mais que vous ai-je donc conseillé? reprit Diomède. De goûter à tous les fruits jusqu'à ce que vous trouviez celui qui séduise votre bouche?... Je songeais à moi et qu'après moi vous n'iriez pas plus loin.

—Non, vous pensez cela maintenant. J'aime mieux vous croire immoral que fat.

—Je ne suis pas un très beau verre, répondit Diomède, en souriant. Je ne suis ni doré, ni ciselé, mais on peut s'enivrer au vin que je contiens.

*

Croyant l'avoir humilie, car sa voix était un peu amère, Néo lui donna ses mains. Alors, jouant avec les bagues, Diomède continua:

—J'ai le droit de m'offrir à vous, Néo, ayant lu votre lettre.

*