Elle essaya de reprendre ses mains:
—Ne profitez pas de mes faiblesses, des songes d'un jour d'ennui.
*
Diomède la laissa reprendre ses mains:
—Néo, vous êtes une femme comme toutes les autres.
—Et même un peu plus ténébreuse, n'est-ce pas?
—Ni plus ni moins.
—Mon Dieu! nous étions si amis quand je ne savais pas que vous étiez un homme!... Soyons encore amis. Je vous écouterai en regardant vos yeux et vous oublierez rôdeur de ma gorge. Puisque vous avez lu ma lettre, souvenez-vous de toutes les pages et de toutes les lignes. Je me suis offerte, mais dédoublée. Laissez-moi la moitié de moi-même.
—Mais ce n'est pas possible. Ne donner qu'une partie de soi-même,.c'est donner tout ou ne donner rien, selon l'intention ou la volonté. Nous sommes des êtres indivisibles. Votre âme est dans votre poitrine, dans vos hanches et dans vos genoux, et tout entière, autant que dans votre cerveau; elle est dans vos mains, dans vos jambes et sur vos lèvres; elle est partout, dans vos cheveux et dans vos ongles, à vos orteils et à la pointe de vos seins; elle est dans votre sourire, dans vos iris, dans vos dents, sur le bout de votre langue, dans vos gestes et dans votre odeur. En baisant vos épaules j'ai goûté à votre âme.. Vous ne voulez aimer que mes paroles, vous n'aimerez qu'un souffle et qu'un son. Mes vraies paroles de vie et d'amour gisent enfermées dans l'obscurité de ma chair; vos caresses les appelleront à la surface et vous les boirez facilement, comme la sève qui coule à travers l'écorce des frênes...
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