—Taisez-vous, Diomède. C'est vous, maintenant qui me faites peur. Vous me rendez mystérieux et terribles des plaisirs où je ne voyais que la volupté d'un abandon et d'une communion obscure... Non, non! Vous me faites peur! Éloignez-vous! Il me semble que toute ma chair va parler comme une harpe et que vous allez entendre, l'oreille contre mon cœur, tous les secrets accumulés de ma vie et de mes songes! Non!

—Je n'écouterai pas, Néo, reprit doucement Diomède. Je ne comprendrai que ce que vous voudrez que je comprenne et je ne capterai avec mes mains et avec mes lèvres que les confidences et les secrets les plus élémentaires. Je ne vous demanderai que de la joie et de la cordialité et de lire sur vos lèvres les aveux du désir...

—Diomède, vous avez l'air cruel, malgré la langueur de vos paroles. Je ne vous reconnais plus. Vous êtes laid. Vos yeux me poignardent. Votre bouche veut mordre...

—C'est que je vous aime, répondit Diomède, redevenant ironique. Si vous m'aimiez aussi, vous me trouveriez beau.

*

Eloignés l'un de l'autre, ils se turent, regardant au loin, au delà des gazons, les couleurs variées des fleurs.

Le silence qui calmait Diomède et le rendait maître de tout son égoïsme sembla émouvoir Néobelle. Ses mains tremblaient un peu sur ses genoux; ses seins se levèrent lentement; elle pleura.

—Je ne sais pas ce que je veux! Je ne sais pas ce que je veux!

Elle saisit Diomède et l'étreignit violemment.

*