Diomède la baisait lentement sur les yeux en songeant:

La mousse épaisse et verte abonde au pied des chênes.

«L'herbe est douce et profonde autour des marronniers. D'un geste adroit je puis la coucher sur ce gazon et être heureux. Le jardin est désert; nulle fenêtre ne nous regarde. Être heureux! Singulier plaisir que de violer avec douceur cette vierge forte! Plaisir irréparable, joies perpétuées jusqu'à la mort! Ah! J'aurai le temps d'écouter, quand elle sera distraite, et de m'emplir la bouche de ce goût d'amour dont la fraîcheur a la fadeur de l'eau des cruches poreuses... Elle pleure. Elle pleure son innocence et son désir l'étouffe comme une pomme. Je la tiens et je joue. Le jeu m'ennuie. Comme elle a changé depuis que j'avais peur d'être le peloton de fil entre les jeunes griffes violentes! Elle me fait pitié. Elle est tragique et déplorable. La virginité est tragique, comme le jour qui naît ou comme le jour qui meurt, comme l'heure qui sonne. Pas davantage. Ce n'est rien. L'aiguille franchit les chiffres du même pas que le néant qui les sépare; elle ne tressai le qu'au départ et à l'arrivée. Faut-il m'accrocher à cette chaîne? Descendre doucement dans le puits obscur de la mine: et remonter peut-être parmi une constellation de diamants, ou mourir sous terre avec l'angoisse d'avoir choisi un mauvais compagnon de voyage? Mon Dieu, que je manque d'ingénuité! Elle me domine, puisqu'elle pleure. Je ferai ce que veulent ses larmes...»

*

Elle le serra plus étroitement. Leurs jambes se touchaient, et leurs reins et leurs poitrines. Diomède cessa de penser. Le contact éveillait sa chair; il ne fut plus maître de ses gestes; la robe fiévreusement ouverte laissa passer les doigts, puis toute la paume; glissée jusqu'à l'aisselle, ardente et impérieuse, la main s'imposa irrévocable, comme un sceau, comme un signe aussitôt ramifié sur tout le corps nu et tremblant de la femme vaincue.

Elle releva la tête et offrit ses lèvres. Pendant le baiser ses jambes s'allongeaient lentement, comme les membres d'un animal qui s'éveille, s'étire, et jouit de revivre. Quand elle ouvrit les yeux, elle s'était donnée toute en désir et en volonté.

Ils n'avaient pas remué; aucun geste vilain n'avait déplacé leur enlacement harmonieux ni contrefait la grâce de leur attitude. Néo n'eut qu'à redresser un peu le buste pour que son corsage parût inviolé. Seulement leurs yeux avaient pâli, leurs joues s'étaient rosées, et leur sourire, douteux et insatisfait, avouait l'anxiété des voluptés équivoques.

*

Diomède pensait de moins en moins.

Il dit, d'une voix enfantine, les yeux attirés par les lèvres rouges: