Ne me demande plus de phrases, mon amie, des phrases sur l'enclume au marteau martelées, des phrases qui font un bruit d'ailes envolées, ne me demande plus de phrases, mon amie.
Ne me demande plus de vers, ô mon amie, des vers dont la beauté modelée à ton corps a trempé ses contours dans le rose et les ors, ne me demande plus de vers, ô mon amie.
Ne me demande plus de prose, ô mon amie, de prose dont l'airain vibre et sonne, superbe: ma tendresse dédaigne et dépasse le verbe, ne me demande plus de prose, ô mon amie.
Demande-moi plutôt de l'amour, mon amie, de l'amour où les cœurs se fondent, profusés, car je n'ai plus de mots, je n'ai que des baisers, demande-moi plutôt de l'amour, mon amie.
Τή φιλή
L'AME EN VOYAGE
PROSE
24 septembre 1887.
Sous la lampe rose, mes désirs se sont accomplis contre ses désirs:—- et c'était la même ombre luciolée des mêmes reflets, les mêmes étoffes aux vagues papillotements; c'était le même nid sous la lampe rose.
Mes désirs se sont accomplis et pourtant l'amie était absente: il n'y avait rien de ce qui fait d'elle l'amie, ni l'enveloppement des gestes conquérants: ceci est à moi; ni le baiser qui mord; ni le tressaillement de la moelle qui s'électrise depuis le cerveau jusqu'aux orteils; ni les syllabes murmurées à peine, le cri doux et un peu fauve qui dit l'indicible; et pourtant.—oh! tristement!—mes désirs se sont accomplis.