L'amie était absente, je l'ai cherchée en vain. En vain j'ai interrogé la chair en ses secrets: les secrets ont gardé leur secret. Sous la lampe rose, la même lampe rose, ce n' était plus la même amie. L'illusion m'a tendu ses lèvres, la chimère m'a livré sa beauté: l'amie était absente.

Je l'ai cherchée en vain: son âme était en voyage. Et c'était pareil à un songe charnel, quand les imaginations viennent rôder, fantômes, et s'offrir, succubes. Qui donc était là? Qui avait pris sa place, sa forme, ses membres, sa grâce, quelle femme, puisque, elle, je l'ai cherchée en vain?

Son âme était en voyage, quand mes désirs se sont accomplis. O statue, je t'offrais la mienne: pour t'animer, tu n'avais qu'à ne pas détourner la bouche. Une vie, c'est assez pour nous deux qui ne devons pas être séparés. Mais non: statue sous la lampe rose, son corps s'est donné seul; son âme était en voyage.

LE JOUEUR DE FLÛTE

PROSE

I.—Leurs amours, sous le ciel d'Athènes se rythmaient à des accompagnements de flûte. Les sept trous de la syringe, en notes aiguës et douces, répétaient la musique des baisers, berçaient la langueur des attitudes et l'inattendu des étreintes:

—Quel sera notre joueur de flûte?

II.—Elle veut qu'un écho redise l'inexprimable harmonie des baisers qui tombent sur la chair, comme une pluie tiède: vifs et précipités par le désir qui vers le but suprême se hâte, sans respirer les parfums diffusés le long du sentier; lents et ralentis à la volonté du plaisir qui fait l'école buissonnière par monts et par vaux:—

—Quel sera notre joueur de flûte?

III.—L'aveugle désir a des voies droites; il marche d'un train rapide. Aux yeux un bandeau qui lui voile le monde réel, il court haletant, le front en avant, vers l'infini qu'il n'atteindra jamais; éternelle illusion, éternellement renouvelée. Pour noter la course décevante du désir,—