---Sherardia Arvensis, dit-il, en prenant la fleur. Elle n'aurait pas dû pousser ici. Sa place est dans le champ, à côtè, Arvensis, comprenez-vous, Arvensis? Il y a des plantes qui s'égarent.

—Il sait tout, dit Rose, vous voyez.

Léonor, qui avait compris l'allusion, ne répondit rien. Il s'éloigna, feignant de continuer à s'intéresser à la végétation silvestre.

«Il a raison, cet homme. Si l'amour naissait en ce moment dans mon cœur, il prendrait bien mal son temps, il choisirait bien mal son terrain ... Aime-t-il comme il est aimé? Voilà ce que je voudrais savoir. Est-il capable de persévérance? Qui sait? Rose, peut-être qu'un jour tu pleureras dans mes bras?...»

Ils rentraient tous les trois, Léonor un peu en avant. M. Hervart se taisait, car ce qu'il avait à dire exigeait le mystère, et des paroles banales lui étaient impossibles. Rose ne s'apercevait pas du silence; elle-même ne songeait pas à parler. Elle était heureuse de marcher près de son ami. Parfois, d'un geste furtif, elle avançait la main et lui serrait un doigt M. Hervart laissait exprès pendre son bras gauche. Léonor ne se retourna pas une seule fois. Rose lui en sut gré. M. Hervart, qui s'était senti deviné, eût préféré une discrétion moins voulue, moins suspecte.

«Que sont venus faire ces architectes? se demandait-il. Tout cela semble arrangé par les des Boys en vue de caser leur fille. Reviendront-ils? Léonor reviendra. Et moi? Vais-je pouvoir rester?»

Ses perplexités recommençaient. Quand la main de Rose touchait la sienne, il se sentait son prisonnier, son esclave heureux. Dès que le contact s'éloignait, des idées le prenaient, de fuite, de liberté. Il avait envie d'appeler Léonor, de jeter Rose dans ses bras et de s'encourir à travers champs.

«Jamais aucun amour ne m'a troublé ainsi. Ah! c'est le mariage! Quelles complications! Ce Léonor, je le hais. Sans lui.... Sans lui? Est-il seul au monde? Si ce n'est pas moi qui la prends, ce sera un autre....»

Il se rapprocha brusquement de Rose et, d'un ton fou, il lui jeta dans l'oreille des mots rapides, tendres et violents:

—Rose, je vous aime, je vous désire de tout mon cœur, je vous veux!