—Je sais, dit madame d’Oudart, que votre fils est un garçon exemplaire.

—Oh! n’exagérons rien! Il est seulement ponctuel, ordonné, travailleur; et c’est être raisonnable, tout bonnement. Je vois en lui un jeune sage: je le proposerais comme modèle à son propre père...

—Eh mais!...

—Ah! par exemple, il est plus tendre que son père ne le fut jamais. Et quant aux attentions, aux prévenances... au prix de ce qu’est ce garçon-là, sa sœur ne fut jamais qu’une mazette!...

—Eh mais! que disais-je donc!...

—Oh! tout cela n’est rien. Nous le formons. Qui vivra verra... Tiens!... nous parlions d’elle: voici sa chère petite sœur.

Madame Beaubrun, «la chère petite sœur», venait, après le dîner, souhaiter le bonsoir à sa mère. Elle portait une grossesse avancée, qui altérait à peine la grâce maligne de son visage. Madame d’Oudart pensa: «C’est elle qui a eu le fou rire à la répartie d’Alex...» Et elle se sentit de l’amitié pour elle.

On échangea quelques compliments; on faillit oublier Paul. Cependant, au cours de la conversation, madame Chef-Boutonne eut vite appris à son amie que Paul était inscrit à la fois à l’École de droit et à celle des Sciences politiques; que, malgré ce cumul, il ne négligeait point d’aller dans le monde; qu’il dînait chez quelques-uns de ses professeurs, et qu’il dansait à ravir. On laissait entendre qu’il n’était pas tout à fait étranger à certaine comédie de société qui avait emporté «le plus franc succès» il y a une huitaine, chez la vicomtesse de X... Le numéro du Gaulois, par hasard, était encore sur la table: on donna à lire l’entrefilet.

—Oh! que c’est bien! dit madame d’Oudart; mais comment le cher enfant trouve-t-il le moyen de faire tant de choses?

Madame Chef-Boutonne présenta les deux mains vides, à la manière du prestidigitateur qui va accomplir un tour inouï: