Raymonde, si prolixe et si nébuleuse quand il s’agissait de malheurs imaginaires ou médiocres, employait des tournures concises et suffisamment claires pour indiquer un drame réel, compliqué de crime et de mystère.
C’était donc là, sur le lit de madame Proupa, près duquel Alex et Raymonde, un soir, aux excitations de la musique dansante et d’un concert de parents et d’amis, avaient échangé leur premier baiser, que devaient se dénouer, entre les mains d’un médecin discret et d’une mère imbécile, les relations de Raymonde et d’Alex.
XLVIII
Eh bien! ce ne fut pas le souci de cette sombre aventure qui causa le très grave échec d’Alex à la Faculté, mais la trop expansive satisfaction de s’en trouver, en somme, si heureusement affranchi. Le rayon de soleil après la pluie, le printemps après un dur hiver, au sortir de la prison la lumineuse liberté,—est-ce pour répondre à un aréopage de «bonzes», sur des questions de droit civil ou d’économie politique?... Non, vraiment! L’expérience, toutefois, lui suggérait quelques principes de sagesse: ainsi ce n’est pas lui qu’on reprendrait jamais à s’engager dans des liaisons avec des demoiselles «dont on a eu l’honneur de connaître madame la mère»! Et, d’ailleurs, à l’avenir, éviter les liaisons qui, premièrement, menaçaient la bourse de la pauvre maman, et, en second lieu, pouvaient faire tant de peine à la chère petite Louise... Tâcher de travailler, enfin, bon Dieu du ciel!...
Voilà les réflexions et les fermes propos que formulait, en sa chambre, un jeune homme instruit par l’expérience, lorsqu’une main frappa à la trop fameuse «entrée particulière» ménagée jadis par les soins de madame Chef-Boutonne.
—Ouvrez!
Et Alex vit madame Beaubrun.
Elle arrivait de Meudon, toute fraîche.
Elle entra, en faisant signe d’abattre le bruit; elle parlait à voix basse; elle comprimait de la main son cœur; elle tomba sur un fauteuil et elle répétait:
—Croyez-vous que j’en ai, un toupet! croyez-vous?...