—Quelle enfant terrible tu fais! dit madame Chef-Boutonne. Paul est plus indulgent pour toi.
Madame d’Oudart félicita le jeune Paul de son désintéressement et de son courage:
—Car, enfin, ces conférences, où vous vous exposez, ne sont pas rétribuées, j’imagine...
Madame Chef-Boutonne confia à son amie:
—Pour la vingtième leçon, on nous a promis les palmes...
Paul recevait les louanges et les taquineries avec une égale humeur: non qu’il se plaçât au-dessus de ce que l’on disait de lui, mais parce qu’il était avant tout un garçon bien élevé. On le pouvait juger du premier coup totalement dépourvu d’esprit, de personnalité et d’initiative. C’était un mécanisme fonctionnant bien, sous la constante impulsion d’une mère. Il était quelconque, exagérément. Dieu! que l’on devait le trouver comme il faut! Qui donc eût-il choqué? A qui eût-il déplu? Il savait vivre; il était poli; il ne s’embarrassait ni de la timidité, qui paralyse, ni du goût de choisir, qui crée les jalousies. Par exemple, il savait graduer l’affabilité de ses phrases banales selon la condition officielle des personnes ou leur mérite reconnu. Il vénérait les gens en place, il estimait les auteurs à succès; il admirait les femmes en raison du nombre de leurs admirateurs. Le but unique et net de la vie était, pour lui, de dîner tous les soirs en ville et de lire son nom, le lendemain, environné de plus beaux noms, dans les «carnets mondains». Il n’était donc pas ambitieux, ni fat, ni sot absolument: il avait la juste notion des limites de sa capacité, ce qui n’est pas commun; il n’aspirait pas à briller par lui-même, ni à éclipser qui que ce fût, mais à graviter, en qualité de satellite nommé et classé, autour de quelque soleil parisien.
—Il arrivera jeune, dit à demi-voix madame Chef-Boutonne, et mon intention est de le marier de bonne heure.
—Ah! ah! fit madame d’Oudart, et vous songez déjà à quelqu’un, je parie!
La mère couveuse glissa vers son poussin un regard orgueilleux et câlin, et fit:
—Chut!...