—Votre condition, ma pauvre femme, m’oblige à bien de la patience... Je vous ferai remarquer que je me contiens...

Finalement, l’idée lui vint:

—Vous n’êtes pas satisfaite de moi... eh mais! et de vos «messieurs» de Poitiers?...

Madame Lepoiroux renia «ces messieurs» de Poitiers. Ils étaient, ni plus ni moins que les autres, des farceurs. Elle maudit l’heure où son fils avait été dirigé dans la voie des «études savantes»: elle l’eût, disait-elle, préféré épicier. Elle maudit le latin, les jésuites et madame Dieulafait d’Oudart. Elle réunit en un faisceau ses ressentiments divers et déclara:

—Tout le mal est venu de ce qu’on a connu des gens riches.

LIV

La veuve Lepoiroux était depuis beau temps apaisée que madame Dieulafait d’Oudart souffrait encore de son ingratitude. La mère d’Alex aurait eu moins de chagrin, croyait-elle, à envier une soudaine et magnifique élévation d’Hilaire qu’elle n’en eut à considérer la vanité de tout ce qu’elle avait fait pour ce garçon et pour sa mère.

Son vieux papa la chapitrait en lui démontrant que, dans la plupart des cas dont le désordre apparent nous émeut, c’est la raison tout simplement qui triomphe. Il disait que c’est la raison qui eût été blessée si madame Lepoiroux, qui se démenait depuis quinze ans, et de qui, de toute parts, on avait fouetté l’avidité, se fût satisfaite d’une place ne lui assurant que de quoi vivre, à Yvernaucourt, dans les Ardennes; que pareillement, c’est la raison qui eût souffert si Hilaire Lepoiroux avait obtenu une situation plus brillante, car il n’en était pas digne.

—Savant! savant!... disait-il, mais être savant ce n’est pas savoir, c’est tirer parti de ce qu’on sait: causez trois minutes ou quinze jours avec Hilaire Lepoiroux, vous vous convaincrez qu’il est plus incapable et plus sot que le jeune Chef-Boutonne lui-même!...

M. Lhommeau disait qu’enfin il était juste et raisonnable que ce jeune Chef-Boutonne eût été nommé récemment à un petit emploi au ministère de l’Intérieur, ce qui convenait parfaitement à un fils de famille dénué de tout talent personnel, et constituait une équitable récompense des démarches et sollicitations extraordinaires de sa mère,—tout grand déploiement d’activité devant, selon les lois naturelles, être suivi d’un certain effet!...