—Allons! lui dit son père, remettez-vous... On vous demande la main de votre fils?... C’est bien de cela qu’il s’agit?...
—Oui, oui! c’est bien de cela qu’il s’agit... Savez-vous qui demande la main de mon fils?... le savez-vous?...
—Mon Dieu... j’ai tout lieu de croire...
—Attendez! attendez!... que je vous empêche de dire une chose regrettable!... C’est Babouin.
—Babouin! répéta M. Lhommeau.
—Avouez que ce tanneur, pour nous venir relancer une seconde fois, a une certaine audace!
—Il est riche, et nous ne le sommes point.
—Eh bien! dit madame Dieulafait d’Oudart en se redressant, c’est pour cela que je le dédaigne; et, plus pauvre aujourd’hui qu’à l’époque où cet insolent nous fit sa première demande, je vais m’offrir un certain luxe qui ne sera jamais au-dessus des moyens de l’indigent pour peu qu’il ait le cœur bien placé: c’est le mépris, net et sec, de la fortune. Il ne faut pas deux mots pour l’exprimer.
Elle écrivit sous l’adresse télégraphique: «Thurageau-Poitiers», ce mot seul et fier: «Non», et signa.
Forte de cet acte accompli, la vue plus libre, elle relut la lettre, en détail. Babouin donnait une sérieuse dot à sa fille unique, et y joignait les fermes acquises par lui sur Nouaillé: c’était la reconstitution du domaine. Pourquoi Babouin faisait-il cela? Pour les beaux yeux d’Alex. En effet, comment croire que, pour assurer à son héritière l’avantage d’échanger le nom de Babouin contre celui de Dieulafait d’Oudart, Babouin eût négligé de s’informer si Alex avait seulement une situation? Mademoiselle Babouin aimait. On soumit le cas à Alex. Il ignorait cette jeune fille. A Poitiers, il ne l’avait pas vue.