—Ces dames, dit-il, ne la voient pas.
Le télégramme fut expédié. On garda de l’aventure une certaine dent à Thurageau.
Thurageau s’excusa d’ailleurs, peu après, affirmant «s’être acquitté, en notaire, d’une simple mission». On en conclut que ce n’était pas pour faire parader Alex sous l’œil sensible de mademoiselle Babouin qu’il avait mandé le jeune homme à Poitiers.
Pourquoi donc l’avait-il mandé à Poitiers?
On attendit.
On attendait. On ne voulait, à aucun prix, avoir l’air d’attendre. C’est ainsi que parfois, au théâtre, le rideau baissé sur un acte de formule nouvelle, certaines personnes s’abstiennent de parler plutôt que de laisser entendre qu’elles se sont trompées, soit en croyant que la pièce est finie, soit en jugeant qu’une suite y serait nécessaire...
Plusieurs mois s’écoulèrent.
Tout à coup, madame d’Oudart s’avisa que l’on avait été peut-être bien impoli en ne répondant pas,—fût-ce par une fin de non-recevoir, mais courtoise,—à la «gentille» proposition qu’avaient faite les Lanteaulme d’adresser à M. Lhommeau une corbeille de fruits.
Alex sourit; M. Lhommeau, à l’idée seule des fruits, fut gagné par la convoitise. On fut d’avis, toutefois, qu’il était maintenant un peu tard pour agir. Écrire, à ce propos, et quand on voit précisément le mois d’août approcher, marquerait plus de goût pour les poires que de sensibilité à une gracieuse avance. Que faire? Déplorer ce qu’Alex et son grand-père voulurent bien nommer, par euphémisme, une négligence, afin de ne pas trop contrister la pauvre madame Dieulafait d’Oudart qui, l’on s’en souvenait bien, s’était opposée catégoriquement à toute réponse, par ses «non!... non!... et non!...»
Le temps coulait toujours. Il vint, le mois d’août, le mois où l’on cueille la «cuisse-madame», la «grosse musquée», la «pucelle de Saintonge».—«Cet imbécile de Jeannot», à Nouaillé, avait-il pensé à les cueillir?...