Louise parla du fiacre qui avait failli l’écraser.
Il la conduisit un bout de chemin, et il commençait à s’inquiéter parce qu’il se pouvait, si Louise n’était pas insensible, qu’elle eût un de ces chagrins tout à fait sérieux, qui sont glacés. Mais, depuis qu’il la connaissait, à aucun moment Louise n’avait laissé supposer qu’elle pût éprouver du chagrin. D’ailleurs, ils se quittèrent en se disant:
—A demain!...
Ils se quittèrent, rue de Médicis, proche de la grille du Luxembourg. Les oiseaux piaillaient dans les arbres jaunis. Alex, en s’éloignant, se retourna pour voir Louise encore une fois, quoiqu’il la dût revoir le lendemain. Mais Louise ne se retourna pas. Elle avait adopté déjà son pas d’automate, et ses beaux cheveux blonds, par le miracle ordinaire, semblaient diminuer de volume et d’attrait. Pourtant, vers la hauteur du boulevard Saint-Michel, un étudiant, lui emboîtant le pas, lui conta une galanterie; mais, tout à coup, sentant en ce petit être quelque chose de si étranger aux préoccupations qu’il lui témoignait, il la salua très poliment, et s’excusa:
—Oh! pardon, madame!...
Ce fut ce jeune homme qui la releva, cent mètres plus loin, sous les sabots des chevaux du tramway de Montrouge, car il ne l’avait pas perdue de vue.
On put la transporter chez ses parents: en ouvrant son corsage, dans la pharmacie, on avait trouvé sur un papier plié son adresse, en belle et lisible écriture. L’acte suprême de Louise était prémédité depuis quelque temps, probablement: Louise avait ses répugnances; elle ne voulait surtout pas que son corps allât à la Morgue.
Ce fut un petit incident de quartier.
LVI
Il se trouva même très à propos que Louise ne pût venir le lendemain au rendez-vous, car Alex n’y fût point allé: ce jour-là tombèrent inopinément, rue Férou, MM. Lanteaulme, père et fils, et la jeune femme de celui-ci;—point de jeune fille, il est vrai.—Ils venaient faire visite, simplement, et causèrent du lien qui unissait les deux familles: à savoir, le sang versé sur le sol africain et par le général marquis de Quatrespée et par l’héroïque commandant Dieulafait d’Oudart. C’était un beau sujet, qui éveilla nombre d’idées, et celles qu’on exprima semblaient n’avoir pour but que de laisser deviner celles qu’on taisait.