Thomasseau m’avait amusé avec sa « bête noire » ; l’ayant aperçu dans le cours de l’année suivante, à Paris, je pris la peine de traverser la rue Royale pour le plaisir de lui serrer la main. Il était radieux. Nous fîmes ensemble un bout de chemin ; je constatais en lui une allégresse si pure que je ne me retins pas de lui dire, souriant à demi de mon audace :

— Ah çà ! Thomasseau, tu n’aurais pas perdu ton beau-frère ?…

Il éclata de rire : il n’avait point perdu son beau-frère ; mais il le perdait cependant, me confia-t-il, l’œil tout humide de joie. L’unique aptitude du garçon étant définitivement de conduire une auto, il s’en allait, de son plein gré, comme simple mécanicien, dans la Russie méridionale, au diable, mais chez un prince.

— Et la famille ? hasardai-je.

— La famille, dit le malicieux Thomasseau, aime mieux qu’il porte là-bas qu’ici sa jolie livrée couleur café au lait.

Le triomphe de Thomasseau était presque indécent.


Trois années passent. Je retrouve mon Thomasseau, ces vacances dernières, comme la première fois, sur les planches, à Trouville. Il se souvient de nos heures d’épanchement, il me prend le bras, il m’entraîne jusqu’aux Roches-Noires, à l’écart. Bigre ! il y a, je le vois, quelque chose de changé. J’interroge avec un brin d’angoisse Thomasseau :

— Ton beau-frère ?

Thomasseau, hachant ses mots, me dit :