Ah! qu'il monte de moi, dans le matin unique,
Ce cri brûlant, joyeux, épouvanté, hardi,
Plus fort que le plaisir, plus fort que la musique,
Et qu'un instant l'espace en demeure étourdi...»[ [32]
On le voit, l'attitude du poète en face de la nature correspond assez exactement, sauf quelque excès de sensualité peut-être, à l'image que nous pouvons nous former du Paganisme exalté des Mystères. Ce n'est pas la Grèce de la tradition universitaire, mais c'est une Grèce authentique. Une fois encore, par l'élan seul de son génie, Madame de Noailles renoue la chaîne interrompue de ses origines.
Cependant, cette sensibilité si merveilleusement abondante, le seul amour de la nature suffira-t-il à l'absorber? Une âme moderne peut-elle se reposer dans le pur naturalisme? Il y a au fond de l'âme de Madame de Noailles, comme de tant d'âmes de son siècle, une inquiétude essentielle, une douloureuse ardeur de changement et de fuite, une fureur de toujours et de tout sentir:
Qu'aucune flèche, aucune flamme,
Aucune aride pâmoison
Ne soit épargnée à cette âme
Qui veut défaillir de frisson...