Je m'enfonce dans l'ombre où nul ne m'accompagne,

Je respire chez les géants![ [54]

Et c'est une suite magnifique de virils accents, auxquels la dernière strophe seule mêle un accent très féminin:

Je viens, portant sur moi la douce ardeur des mondes

Et tenant les fleurs de l'été,

Accueillez-moi ce soir dans l'ombre où se confondent

L'héroïsme et la volupté!

Ainsi Sabine de Fontenay s'écriait: «N'est-ce pas, l'héroïsme et la sensualité sont la même chose, l'héroïsme est la plus âpre sensualité?»[ [55] Et c'est assurément une question de savoir si certains états élevés peuvent être ainsi sensualisés impunément...

Tant de formes diverses de l'amour ont-elles enfin épuisé la source où elles s'alimentent? Madame de Noailles a insisté à diverses reprises, douloureusement, sur l'impuissance des mots ou des actes à égaler l'abondance et l'ardeur de sa vie intérieure:

Je ne pourrais jamais exprimer mon desir