Pour cueillir ces fruits chauds entr'ouverts dans l'azur

Je presserai si bien mon corps contre le mur

Que je serai semblable à ces nymphes des frises

Dont la jambe et la main sont dans la pierre prises[ [82]

On remarquera au passage ces trois derniers vers, pur joyau de grâce hellénique... Jusqu'ici tout est bien; mais il s'agit de terminer le poème; le poète sent qu'il serait beau de s'élever à une idée plus générale, d'ouvrir à l'esprit une vaste perspective, d'élargir et d'approfondir l'horizon, et pour ce faire il recourt à la pensée de la mort, dont telle est effet la vertu ordinaire:

Et désormais sans voix, sans effort, sans souhaits,

Ayant touché l'immense et débordante paix,

Voyageuse arrivant et qui baise la porte,

Ne désirant plus rien je serai bientôt morte...

Mais la poète s'est trompé; comme il n'y a aucune raison de supposer que le sol de la Grèce ou l'exaucement de ses désirs lui seront réellement mortels, l'hypothèse de sa mort ne peut apparaître que comme une gentillesse de conversation, déplacée en cette fin d'un grave et émouvant débat. La grande idée de la mort ne saurait être employée comme finale à tout faire... Et d'ailleurs il n'entre pas un instant dans notre pensée de suspecter la sincérité de Madame de Noailles, mais la sincérité elle-même a besoin d'art.