Nul n'aura comme moi si chaudement aimé

La lumière des jours et la douceur des choses,

L'eau luisante et la terre où la vie a germé...[ [8]

Ce que Madame de Noailles apporte de nouveau, et par quoi elle se manifeste bien de ce temps où Baudelaire et les naturalistes ont joint leurs influences à celle des grands Romantiques, c'est une sensualité inépuisable, unie à une extrême précision descriptive. Elle jouit et souffre de la nature par tous les sens, par le goût surtout, l'odorat et la vue, et par cette sensibilité générale et profonde, particulièrement abondante chez la femme, jusqu'à former comme un sixième sens, à la faveur duquel les sensations des autres se mêlent, se confondent et se multiplient. Elle peut analyser en huit strophes, étonnantes d'invention verbale, les Saveurs de l'air:

Mon Dieu! que j'ai goûté la douce odeur de l'air,

De l'air charmant, glissant et clair

Odeur simple au matin, et le soir si chargée

De feu, de lueur orangée![ [9]

Elle voudrait absorber l'univers comme une enivrante liqueur:

Il n'est pas suffisant qu'on regarde et qu'on touche