L'ANTI-JUSTINE.

Personne n'a été plus indigné que moi des sales ouvrages de l'infâme DsDs; c'est-à-dire, de Justine, Aline, le Boudoir, la Théorie du Libertinage, que je lis dans ma prison. Ce scélérat ne présente les délices de l'amour, pour les hommes, qu'accompagnées de tourments, de la mort même, pour les femmes. Mon but est de faire un livre plus savoureux que les siens, et que les épouses pourront faire lire à leurs maris, pour en être mieux servies; un livre où les sens parleront au coeur; où le libertinage n'ait rien de cruel pour le sexe des Grâces, et lui rende plutôt la vie, que de lui causer la mort; où l'amour ramené à la nature, exempt de scrupules et de préjugés, ne présente que des images riantes et voluptueuses. On adorera les femmes, en le lisant: on les chérira, en les enconnant; mais l'on en abhorra davantage le vivodisséqueur, le même qui fut tiré de la Bastille avec une longue barbe blanche le 14 juillet 1789. Puisse l'ouvrage enchanteur que je publie, faire tomber les siens!

Mauvais livre fait dans de bonnes vues.

Moi, Jean-Pierre Linguet, maintenant détenu à la Conciergerie, déclare, que je n'ai composé cet ouvrage, tout savoureux qu'il est, que dans des vues utiles; l'inceste, par exemple, ne s'y trouve, que pour équivaloir, au goût corrompu des libertins, les affreuses cruautés, par lesquelles Dsds les stimule.

Floréal, an 2.

Chapitre I De l'enfant qui bande.

Je suis né dans un village près de Reims, et je me nomme
Cupidonet. Dès mon enfance, j'aimais les jolies filles.
J'avais surtout un faible pour les jolis pieds et les jolies
chaussures; en quoi je ressemblais au Grand-Dauphin, fils de
Louis XIV, et à Thevenard, acteur de l'Opéra.

La première fille qui me fit bander, fut une jolie paysanne, qui me portait à vêpres la main posée à nu sur mes fesses; elle me chatouillait les couillettes, et me sentant bander, elle me baisait sur la bouche avec un emportement virginal: car elle était chaude, parce qu'elle était sage.

La première fille à laquelle je fis des attouchements, en conséquence de mon goût pour une jolie chaussure, fut ma première puînée, qui s'appelait Jenovefette. J'avais huit soeurs, cinq aînées d'un premier lit, et trois puînées. La seconde de celles-là, était jolie au possible; il en sera question. La quatrième avait le poil du Bijou tellement soyeux, que c'était une volupté seulement de le toucher. Les autres étaient laides. Mes puînées étaient toutes trois provoquantes.

Or ma mère préférait Jenovefette, la plus voluptueusement jolie, et dans un voyage qu'elle fit à Paris, elle lui apporta des souliers délicats. Je les lui vis essayer, et j'eus une violente érection. Le lendemain dimanche, Jenovefette mit des bas fins blancs et neufs de coton, un corset qui lui pinçait la taille; et avec son lubrique tour de cul, elle faisait bander, quoique si jeune, mon père lui-même; car il dit à ma mère de la renvoyer. (J'étais caché sous le lit, pour mieux voir le soulier et le bas de la jambe de ma jolie cadette)… Dès que ma soeur fut sortie, mon père renversa ma mère, et la carillonna sur le pied du lit sous lequel j'étais, en lui disant: