[540-3] Jeu de syllabes sur le nom de Gutrune, ainsi décomposable étymologiquement: Gut-Rune (gut—bon; Rune—Rune).

[540-4] «Si en ce moment sa blanche main fut pressée par tendre affection de cœur, je l'ignore. Mais je ne puis croire qu'ils ne l'aient point fait. Sinon ces deux cœurs agités d'amour auraient eu tort.» (Nibelunge-nôt, V. 51.)

[541-1] «Le chef du Rhin parla: «Je veux traverser la mer pour aller vers Brunhilt, n'importe ce qui peut m'en arriver. Pour son amour je veux exposer ma vie; je veux mourir, si elle ne devient ma femme.—Je dois vous le déconseiller, dit Siegfrid; car cette reine a des coutumes si cruelles, qu'il en coûte cher à celui qui veut conquérir son amour... Quand vous seriez quatre, vous ne pourriez vous préserver de sa terrible fureur...—Gunther dit: «Veux-tu m'aider, noble Siegfrid, à conquérir cette vierge digne d'amour?» (Nibelunge-nôt, VI, 55-56.)

[542-1] La croyance à l'effet du philtre est donc imposée par Wagner, et l'on ne peut s'empêcher de songer à l'imperturbable assurance de l'Edda de Snorro disant (après avoir parlé d'une chaîne composée de racines de montagnes, de bruit des pas du chat, de barbe de femme, etc.): «Quoique ces matières te soient inconnues, tu dois croire à leur existence comme au reste, tout en sachant que les femmes n'ont pas de barbe, que les pas de chat ne font point de bruit, que les montagnes n'ont pas de racines.» L'interpellé répond alors: «Je comprends fort bien le sens des figures dont tu te sers.» Ah! pourquoi n'en est-il de même des pseudo-critiques de Wagner? Presque tous se sont avisés de s'attaquer à ce malheureux philtre, symbole si poétique, et si clair, et si simple! On est heureux d'en voir, en un livre récent, dû à la vaillante plume de M. Alfred Ernst, cette interprétation—enfin!—non moins intelligente que juste: «La scène du philtre n'est que l'image (légitimée seulement par le mystère de malédiction planant sur Siegfried, comme sur tous ceux qui ont porté l'Anneau d'Alberich) d'une observation morale: la puissance de l'impression présente, immédiate, sur les âmes primesautières, sur les caractères dont le Wälsung est le prototype. Pour Siegfried, qui ne s'inquiète ni du passé ni de l'avenir, qui ne réfléchit ni avant d'agir ni après avoir agi, le fait actuel, l'acte, existe uniquement. Voilà l'intime vérité contenue dans cette scène étrange, qui ne peut être motivée que par un surnaturel enchaînement de causes, du reste aisément admises de l'auditeur, et poursuivant leurs effets à travers les trois «journées» du Ring.» J'ai cité: aurais-je pu mieux dire? Mais, franchement, le poème lui-même n'est-il pas assez explicite pour quiconque le lit avec soin? Et qui donc, plus que des critiques, aurait eu le devoir de lire avec soin? Or Brünnhilde, en la scène finale de l'Acte II: «A quoi m'aurait servi ma science? A quoi mes Runes? En l'excès de ma misère, je le devine clairement: le charme qui m'enchanta mon époux, c'est Gutrune! Qu'elle connaisse l'angoisse!» Et à présent, critiques, est-ce Gutrune, oui ou non?—Voy. d'autre part la note musicographique, p. 531, de mon collaborateur Edmond Barthélemy.

[543-1] «GRIPIR: Grimhild t'enivrera complètement. Elle t'amènera à conquérir Brynhild pour la remettre aux mains de Gunnar... Tu te hâtes trop de promettre cette entreprise à la mère de ce chef.» (Grepisspà.)

[543-2] «Siegfrid, fils de Sigemunt, répondit ainsi: «Je le ferai, si tu me donnes ta sœur, la belle Kriemhilt» (Gutrune), «cette superbe fille du roi. Je ne veux point d'autre prix de mes efforts.» (Nibelunge-nôt, VI, 56.)

[543-3] «Siegfrid, en tes mains j'en fais le serment, dit Gunther: que la belle Brunhilt arrive en ce pays, et je te donne ma sœur pour femme et puisses-tu vivre heureux avec elle.» (Nibelunge-nôt, VI, 57.)

[543-4] «GRIPIR: ....En chemin, Gunnar et toi, vous prendrez la forme l'un de l'autre. Gripir ne ment pas.» (Grepisspà.)

[544-1] «Ils» (Siegfrid et Gunther) «échangèrent leurs serments, les fiers guerriers.» (Nibelunge-nôt, VI, 56.) Il en est de même dans toutes les sources scandinaves: Grepisspà et Sigurdakvidha Fáfnisbana Thridja (de l'Edda de Sœmund); Edda de Snorro; Völsunga Saga; Chants des Iles Féroë; Chants Danois (où Gunther-Gunnar s'appelle Hagen). Du reste, ces sources scandinaves associent Högni (Hagen) au serment: n'est-il pas en effet, pour elles, fils de Giuki, comme Gunther? n'est-il pas, pour elles, le frère authentique, le frère légitime de Gunther?—Dans le Nibelunge-nôt, il n'est plus que le vassal, et, comme tel, n'a plus à jurer.—Dans la Tétralogie, il devient le frère bâtard, et s'abstient par humilité tout au moins feinte. J'y reviens dans une note ultérieure, p. 545.

[544-2] Blut-Brüderschaft, «fraternité-par-effusion-mutuelle-de-sang,» fraternité d'armes. «Frithiof et Björn avaient grandi ensemble, et ils avaient mêlé leur sang à la manière des frères d'armes du Nord, jurant de vivre unis dans la joie et dans la douleur, et de venger mutuellement leur mort.» (Esaias Tegner, Frithiof, III. Trad. Léouzon-le-Duc, p. 68.) «Avez-vous donc entièrement oublié, ô Gunnar, comment, en signe de fraternité, vous fîtes couler réciproquement votre sang dans les empreintes de vos pas!» (Brot af Brynhildarkvidhu, dans l'Edda de Sœmund). De même Loke: «Odin, te souviens-tu des temps anciens? Nous avons alors mêlé notre sang...» rappelle-t-il en un autre chant déjà cité. (Le Festin d'Æger, 9.)