[555-1] «Alors commença entre le fort Siegfrid et la belle vierge (il en devait être ainsi) un terrible jeu... Siegfrid fit semblant d'être le puissant roi Gunther, et il prit dans ses bras la vierge digne d'amour. Mais elle le jeta hors du lit sur un banc qui était près de là, avec tant de force que sa tête résonna bruyamment sur l'escabeau. Avec une vigueur nouvelle, l'homme hardi se releva d'un bond. Il voulait tenter mieux, mais mal lui en advint, quand il essaya de la dompter. Jamais femme, j'imagine, ne se défendit aussi rudement... Quelque fortement qu'elle le contint, sa colère et aussi sa merveilleuse vigueur lui vinrent en aide. Son anxiété était grande. De ci de là ils s'entrechoquèrent dans la chambre close... La lutte entre eux deux dura longtemps furieuse. Enfin il parvint à ramener la vierge au bord du lit. Quelque vigoureusement qu'elle se défendît, ses forces finirent par s'épuiser... La lutte était finie, elle devint la femme de Gunther... Elle dut renoncer à sa colère et à sa pudeur... Hélas! l'amour chassa sa grande force. Et depuis lors elle ne fut pas plus forte qu'une autre femme.» (Nibelunge-nôt, X, 103, 104, 105.)
[555-2] «Siegfrid laissa la dame couchée et se retira comme s'il voulait se dépouiller de son vêtement. Il lui prit du doigt un anneau d'or sans que la noble reine s'en aperçût...» (Nibelunge-nôt, X, 105.)
[556-1] «Sigurd l'homme du Sud place son épée, cette arme brillante, sur le lit entre eux deux. Le chef des Hiunen ne baise point la reine, et ne la prend point dans ses bras.» (Sigurdakvidha Fáfnisbana Thridja.) «Lorsque le vaillant chef vint chevauchant, afin de me conquérir pour vous, il fit bien voir, le victorieux, qu'il voulait garder sa promesse envers le jeune roi sans le trahir. Le noble chef plaça entre nous deux son épée ornée d'or.» (Brot af Brynhildarkvidhu.) «Le même soir il célébra ses fiançailles avec Brunhilde, et, quand ils se mirent au lit, il tira l'épée Gram du fourreau et la posa entre eux deux.» (Edda de Snorro.) «Voilà que tu as pris les traits et la forme de Gunnar; mais tu conserves ta parole et tes sentiments élevés. Et ainsi tu engages ta foi à la noble pupille de Heimir» (c'est-à-dire Brynhild. Grepisspà). Ce dernier chant de l'Edda insiste beaucoup sur la fidélité, la chasteté de Sigurd. Détails analogues, dans quelques autres chants (Helreidh Brynhildar, etc.), dans la Völsunga Saga, etc., etc.
[557-A] Nous croyons pouvoir passer ici sous silence la participation musicale. Les thèmes qui reparaissent durant tout ce deuxième acte sont logiquement ramenés par les situations,—situations si dramatiques, si nettes, qu'elles impliquent d'elles-mêmes, en quelque sorte, quelle musique doit, outre ces thèmes, les accompagner: telle, par exemple la scène de la Convocation des Vassaux, celle encore de la Conjuration de la Mort.—Les thèmes reparus encadrent pour ainsi dire, ces situations nouvelles.—Leur progression se constitue des éléments mêmes apportés par l'action—si nette. Nous renvoyons donc le lecteur à la nomenclature musicale du 3e acte.
[558-1] «Ce héros (Hagene) était bien fait, cela est certain. Il était large d'épaules; ses cheveux étaient mêlés d'une teinte grise; ses jambes étaient longues, son visage effrayant, sa démarche imposante.» (Nibelunge-nôt, XXVIII, 238.) Mais pourquoi ces cheveux «mêlés d'une teinte grise»? Le Nibelunge-nôt l'ignore, comme du reste il ignore les causes de tant de circonstances singulières, enregistrées naïvement, imperturbablement. Wagner au contraire a démêlé, lui, et retrouvé, et restitué, les divers sens mythiques incarnés en Hagen.—Hagen (c'est l'un de ces sens) personnifie la Nuit: Wagner en a fait le fils d'Alberich-de-la-Nuit, Nacht-Alberich, Schwarz-Alberich. Or Alberich est un Nibelung, et les Nibelungen nous sont peints, dans Siegfried, par Siegfried lui-même, comme laids, comme disgracieux et gris, griesig und grau, c'est-à-dire comme traditionnels. Hagen n'est ni faible comme eux, ni lâche, ni disgracieux, ni laid, car sa mère fut une femme, Grimhilde. Mais il est tôt-vieux, il est gris: marques physiques de son origine. Il en est d'autres, toutes morales: sa ruse, son goût de la trahison, son ironie, sa méchanceté, que nous avons déjà vues ou verrons se développer.
[559-1] «Ce n'est pas sans motif que Hagene le convoitait (le Trésor). Dans le Trésor se trouvait une petite verge d'or, la baguette du souhait. Celui qui l'aurait su, aurait pu être le maître de tous les hommes, dans l'univers entier.» (Nibelunge-nôt, XIX, 169.)
[560-1] «Le roi Atli invita Gunnar et Högni à se rendre auprès de lui, et ils acceptèrent son invitation. Mais avant de partir, ils descendirent le trésor, l'héritage de Fafnir, dans le Rhin, et, depuis lors, jamais plus on ne retrouva cet or.» (Edda de Snorro.)
[560-2] «Regin parla: «Voilà que le fils de Sigmund est venu en ma demeure, ce vaillant héros. Il a plus de courage que moi qui ne suis qu'un vieillard»... Après cela, Regin poussa Sigurd à tuer Fafnir.» (Sigurdakvidha Fáfnisbana önnur.)
[560-3] Dans le Nibelunge-nôt, Hagene attend avec sang-froid le danger, tranquillement «assis, sans nulle peur». (XXIX, 265.) Il est constamment qualifié: «Hagene la bonne épée»,—«la très superbe épée»,—«l'intrépide Hagene»,—«le fort Hagene», etc.
[561-1] De même, dans le Nibelunge-nôt, Siegfrid, devançant Gunther et Brunhilt, vient à Worms annoncer la victoire de Gunther et l'arrivée de la nouvelle reine. Mais les détails diffèrent assez: «Et le voilà qui chevauche le long du Rhin.» Vingt-quatre guerriers l'accompagnent, etc. Je signale, dans les notes ci-dessous, les correspondances les plus importantes.