CÉCILE.—J'ai été trompée par toi! J'ai été trompée par ton passé, par tes paroles, par ton attitude! Ne l'oublie pas!

MADAME PASQUELIN (se jetant à la traverse).—Crois-tu qu'elle puisse tolérer que son mari soit un athée, un ennemi de notre religion? Mais c'est abominable! Élevé comme tu l'as été!

JEAN (répondant à Cécile seule, sur un ton angoissé et sombre).—Ce qui est fait est fait. Tu souffres? Moi aussi...

Je ne peux pas empêcher mes idées d'évoluer, d'être vivantes... Ce n'est pas moi qui dois les diriger, mais elles qui doivent diriger ma vie!

CÉCILE (durement).—Non. Tant que je serai là, non!

MADAME PASQUELIN (affermie par la résistance inattendue de sa fille).—Non! Elle te quitterait plutôt! N'est-ce pas, Cécile?

Cécile, oppressée, hésite une demi-seconde, puis fait un brusque signe d'assentiment.

Jean guettait sa réponse: il hausse les épaules.
Court silence.
Mme Pasquelin regarde Cécile avec un sentiment nouveau. Au fond obscur de son âme maternelle, il y a eu un bref éclair, un espoir, qui oriente malgré elle ses paroles.

MADAME PASQUELIN.—C'est trop bête à la fin! Tu viens empoisonner notre vie, avec tes idées... Tes idées! Tout le monde en a, des idées! Tu n'as qu'à avoir celles de tout le monde! (Jouant le dernier atout.) Si tu ne renonces pas à cette lettre, si tu n'es pas décidé à reprendre l'existence d'autrefois, comme autrefois, Cécile ne rentrera pas à Paris avec toi!

JEAN.—Tu entends. Cécile?