CÉCILE (se retournant).—Tu mens. Tu les refuses toutes.

JEAN (tristement).—Comme tu es montée, Cécile...

Nouvelle pause.

JEAN.—Tu sais très bien, au contraire, que je suis prêt à faire des concessions pour sortir de la situation où nous sommes. Et en voici la preuve: si j'étais seul et libre, je soustrairais entièrement cette petite à l'influence de la religion; je l'élèverai de telle façon qu'elle ne se trouve pas, un jour, acculée aux atroces débats de conscience par lesquels j'ai passé...

CÉCILE (frémissante).—Tais-toi, tu me fais horreur!

JEAN.—Je te dis: voilà ce que je ferais,—si j'étais seul.

Mais nous sommes deux, c'est notre enfant; tu as sur elle les mêmes droits que moi, je ne l'oublie pas. Je te laisserai donc libre de lui donner la foi que tu possèdes toi-même. Seulement je me refuse à t'y aider, par une attitude hypocrite. Cela me parait plus que légitime...

CÉCILE (farouche).—Non, non, non! C'est ma fille, toi tu n'as aucun, aucun droit sur elle! Je ne t'en reconnais aucun! Tu les as tous perdus maintenant; c'est comme si elle avait un père infirme, ou dans un asile...

JEAN (découragé).—Cécile... Sommes-nous vraiment si loin, si définitivement loin l'un de l'autre?

CÉCILE.—Ah, oui, nous sommes loin! Et je suis lasse de lutter... Toute notre vie, ce sera la même chose... Aujourd'hui le baptême, demain le catéchisme, après-demain la première communion... J'aurai à la défendre contre toi, chaque jour, chaque minute... La défendre contre ton exemple, contre le scandale de ta vie... Non, non, je n'ai plus qu'un devoir, moi, c'est de sauver ma fille, de la sauver de toi!