La figure, sans âge, est d'une laideur, mais d'une intelligence sataniques. Un visage étroit, s'élargissant aux tempes, puis s'effilant en lame jusqu'à la pointe d'une barbiche roussâtre. Des oreilles dressées de faune. La fente des paupières, la bouche, sont comme des trous, brutalement creusés avec une spatule dans de la cire à modeler. Regard aigu, tenace, sans douceur.

Bibliothécaire à l'Arsenal. Travailleur acharné. S'est d'abord spécialisé dans le droit du Moyen Age. Puis s'est consacré à l'histoire de la Révolution.

HARBAROUX.—Je voulais te voir seul... Ne penses-tu pas qu'il y aurait intérêt à préciser d'avance, ensemble, les sujets que nous aurons à aborder ce soir avec les autres?

BAROIS (après réflexion).—Non, au contraire.

HARBAROUX (dont le masque se contracte et se détend comme un ressort).—Ah! Pourtant...

BAROIS.—Une réunion comme celle de ce soir est, par nature, préparatoire. Ce n'est pas son efficacité pratique qui importe.

HARBAROUX.—Alors!

BAROIS.—Ce qui importe, selon moi, c'est que dès aujourd'hui il s'établisse, entre ces diverses énergies que nous venons grouper ici, un courant spontané... Comment dire? Que nous sentions, au seul fait de notre réunion, se dégager un élan commun.

HARBAROUX.—Ça ne dépend pas de notre volonté.

BAROIS (vivement).—Non: mais nous avons plus de chances de créer cette atmosphère, en laissant nos rapports s'établir librement, en nous abandonnant à nos impulsions, sans orientation préconçue. (Sourire confiant.) Laisse faire...