ZOEGER (implacable).—Hâtez-vous de les caricaturer. Portal! Ils encombrent, ceux-là, ils empoisonnent! Nous les charrierons vite hors du chemin...
ROLL (sombre).—Ils se croyent à l'abri, comme des vers dans une carcasse pourrie.
L'âpreté de leur ton contraste avec l'ironique bonhomie de Portal. Il reste un peu inquiet d'avoir attisé cette haine.
HARBAROUX.—Ils sont condamnés. Regardez-les: de père en fils, on les voit se débiliter, devenir de plus en plus amorphes, inexistants, incapables de participer à quelqu'effort neuf!
Barois se jette brusquement dans la discussion.
BAROIS.—Oui, Harbaroux, quand vous les regardez de loin, quand vous les croisez sur la route! Mais quand on a vécu au milieu d'eux, mes amis, ah! comme leur existence confite est encore vivace! (Levant le poing.) Et nuisible!
ZOEGER (avec un mauvais sourire).—Non. Ils ne sont pas si dangereux que ça. Nous les avons exclus de tout, isolés, circonscrits. Dans les incendies de forêts, on fait la part du feu: la fraction sacrifiée continue à flamber; mais elle se consume sur elle-même, sans atteindre le reste. C'est exactement la même chose.
BAROIS (lourdement).—Ah, il faut en avoir été pour comprendre cette masse immuable, cette puissance inerte qu'ils sont encore!
CRESTEIL.—C'est rudement vrai, ce que Barois dit là!
BAROIS.—Leurs nécropoles lézardées abriteront encore des générations et des générations, avant que leur race ne disparaisse! Heureux, s'ils n'arrivent pas à en sortir, pour ressaisir et aveugler une fois de plus l'opinion... Sait-on jamais?