Venez un de ces soirs à mon patronage. Je vous donnerai les livres dont je vous ai parlé. Et puis (le visage transfiguré d'entrain et de fierté) vous resterez un peu avec nous, vous verrez vite quels cœurs il y a là, et quel plaisir on a à se donner de la peine pour eux. (Se levant.) Allez, Jean! Il n'y a que ça de vrai: sentir qu'on fait un peu de bien autour de soi... (se frappant la poitrine, gaiement) ... qu'on communique un peu de cette chaleur que le bon Dieu nous a mise ... là...!
V
Le petit salon des Pasquelin.
Pièce au rez-de-chaussée, longue, étroite, encombrée de meubles démodés.
Cécile, seule. Elle range le désordre que sa mère a laissé en sortant.
Le jour baisse vite: octobre.
Un pas sur le pavé.
Vivement, elle court à la fenêtre et sourit: Jean traverse la rue, une serviette sous le bras.
Elle bondit gaiement au-devant de lui.
Cécile Pasquelin: seize ans.
Grande et frêle. Pas jolie: de la fraîcheur. Une souplesse élégante du cou et de la nuque. Des épaules étroites, sous une pèlerine de laine blanche.
Une tête petite, en boule; les cheveux bruns, frangés. Des yeux noirs, ronds, un peu saillants; le charme agaçant, à peine perceptible, d'une asymétrie dans le regard. La bouche: deux lèvres charnues, humides, bien rouges, très mobiles sur des dents courtes et luisantes. Sourire gai, superficiel.