JULIA.—Mademoiselle.
BAROIS (souriant).—Je vous demande pardon.
JULIA (sans se troubler).—Nous n'avons pas su. (Montrant les lits.) Il était minuit passé, nous étions couchées, mère et moi... (Montrant la chambre de Woldsmuth.) Nous avons entendu une petite explosion. Mais nous ne nous sommes pas inquiétées. Au contraire, j'étais contente de penser que mon oncle s'était remis à travailler, qu'il oubliait un peu cette affaire... Et puis, le matin, il nous a appelées: il avait la figure toute coupée par les éclats du verre, et brûlée...
BAROIS (intrigué).—Une explosion de quoi?
JULIA (sèchement).—Une cornue qui a éclaté au feu.
Barois se souvient tout à coup que Woldsmuth a été préparateur de chimie.
Léger silence.
BAROIS.—Je ne voudrais pas interrompre vos occupations, Mademoiselle...
Elle est accoudée au milieu des draps, las jambes croisées, et elle le dévisage librement, d'un regard sympathique et sans équivoque.
JULIA.—Nullement... Je suis heureuse de cette occasion. J'entends depuis longtemps parler de vous. J'ai lu vos études et vos chroniques dans le Semeur...