D'abord les faits, n'est-ce pas?
Donc, au Ministère de la Guerre, on constate des fuites de pièces. Puis, un jour, le chef de la section de statistique remet au ministre une lettre qui aurait été trouvée parmi les papiers de l'ambassade d'Allemagne. Une lettre autographe, une sorte de bordereau, une liste des documents que l'auteur de la lettre propose de livrer à son correspondant.
Voilà le point de départ. Bien.
On cherche un coupable. Sur cinq documents cités dans le bordereau, trois ont trait à l'artillerie: on cherche donc parmi les artilleurs de l'État-Major. D'après une analogie d'écriture, les soupçons se portent sur Dreyfus. Il est juif et peu aimé. Première enquête qui n'aboutit à rien.
BAROIS.—Vous le dites.
WOLDSMUTH.—La preuve, c'est que l'acte d'accusation n'a rien trouvé de suspect, ni dans la vie privée de Dreyfus, ni dans ses relations. Rien que des présomptions...
BAROIS.—Vous avez lu l'acte d'accusation?
WOLDSMUTH (montrant un feuillet).—J'en ai la copie. Je vous la remettrai.
Un silence.
WOLDSMUTH.—On procède alors à deux expertises des écritures. L'un des experts ne pense pas que le bordereau soit de Dreyfus. L'autre croit qu'il peut être de sa main: mais son rapport débute par une restriction capitale.