Il est assis au chevet du lit, les bras croisés, le buste droit, la tête un peu en arrière, les sourcils dressés, son menton volontaire, levé, provoquant.
Un instant de silence.
Woldsmuth parcourt ses notes. Puis il relève la tête, et se penche vers Barois.
WOLDSMUTH.—Donc, Dreyfus est incarcéré. Pendant quinze jours, au risque d'un transport cérébral, on refuse de lui expliquer son arrestation, on ne lui dit pas ce dont il est accusé.
Pendant ces quinze jours on enquête, on cherche partout. On le questionne, on le cuisine, sans résultat. On perquisitionne chez lui. On interroge sa femme avec une cruauté impitoyable, en lui laissant ignorer où est son mari, en lui persuadant même qu'elle signerait l'arrêt de sa mort si elle informait qui que ce soit de sa disparition.
Enfin, le quinzième jour, on montre à Dreyfus le bordereau. Il nie avec violence, avec désespoir: peu importe; l'instruction préparatoire est terminée.
Le parquet du Conseil de guerre est saisi. Une nouvelle instruction commence. Dreyfus est de nouveau questionné, pressé, retourné en tous sens; des témoins sont entendus; on cherche des complices, sans succès. L'enquête n'aboutit à rien de sérieux.
Alors, Barois, le ministre de la Guerre jette une première fois sa parole dans la balance. Au cours d'une interview de presse, il déclare, lui, ministre, que la culpabilité de Dreyfus est «absolument certaine», mais qu'il ne peut s'expliquer davantage.
Quelques semaines plus tard, Dreyfus est jugé à huis-clos, condamné, dégradé, déporté.
BAROIS.—Eh bien, voyons, mon cher, vous n'êtes pas ébranlé par cette condamnation? Si vraiment aucune charge sérieuse ne s'élevait contre Dreyfus, pensez-vous que des officiers...