WOLDSMUTH (avec angoisse).—Oui, je dis, j'affirme, qu'après quatre jours de débats, il a été indubitablement établi que Dreyfus n'avait eu aucune relation suspecte, que ses voyages à l'étranger, ses besoins d'argent, ses habitudes de jeu, ses liaisons amoureuses, tout ce que l'on avait lancé dans la presse antisémite, pour influencer défavorablement l'opinion, étaient des racontars sans fondement.
BAROIS (haussant les épaules).—Et, malgré ça, il se serait trouvé deux colonels, deux commandants, deux capitaines, pour... Voyons, mon cher, voyons!...
Dans le regard enflammé du malade passe comme une satisfaction de n'avoir pas convaincu Barois: plus la résistance sera vive, plus la certitude et la révolte finales, seront fortes.
WOLDSMUTH (soulevant les feuillets dactylographiés).—Toute la vérité est là.
BAROIS.—Qu'est-ce que c'est?
WOLDSMUTH.—Un mémoire, Barois, un simple mémoire... Rédigé par un inconnu, un admirable cœur, un esprit d'une clarté, d'une logique invincibles.
BAROIS.—Comment l'appelez-vous?
WOLDSMUTH (respectueusement).—Bernard Lazare.
Barois fait un geste qui signifie: «Je ne connais pas.»
WOLDSMUTH.—Il faut que vous m'écoutiez jusqu'au bout. Je n'ai pas fini; je commence... Je vous ai appelé, pour que vous sachiez, vous, ce qui se passe: mais pour autre chose aussi.